07012026

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Actualité des sociétés

[Tribune] Private equity : les contours d’un nouveau cycle

Emilie Buttiaux directrice générale et Romain Gerlinger directeur de linvestissement dArchinvest

Porté par la baisse progressive des taux, la convergence des valorisations et la réallocation structurelle des portefeuilles institutionnels, le private equity entre dans une phase de transition. Après une période marquée par un rythme de sorties ralenti, ces éléments laissent entrevoir les prémices d’un nouveau cycle.

 

 

 

 

 

Le non coté à l’aune d’un nouveau cycle ? Selon Preqin, les marchés privés pourraient dépasser 30 000 Md$ d’encours d’ici 2030, soit une croissance annuelle de 9% (1). La détente monétaire attendue aux États-Unis et en Europe devrait accélérer le redémarrage des transactions, particulièrement pour des entreprises financées à taux variables. Preqin observe déjà un rapprochement des prix entre acheteurs et vendeurs. Cette normalisation restera toutefois progressive, le marché devant absorber un stock historique d’actifs non réalisés accumulé depuis 2021.

Point d’inflexion

L’année 2025 a marqué un point d’inflexion, avec une polarisation accrue du marché dans un contexte de distributions restées en deçà des niveaux attendus. Cette dynamique, observée sur l’exercice, devrait continuer de structurer le private equity dans les années à venir.

Avec moins de capital à redéployer, les investisseurs se montrent plus sélectifs et privilégient les gestionnaires offrant un historique de performance solide.

Cette prudence accrue alimente un mouvement de « flight to quality » : les capitaux se concentrent vers un nombre restreint de gérants reconnus, dont les levées sont souvent sursouscrites et bouclées en un seul tour (« one and done »). À l’inverse, une partie croissante du marché fait face à des levées sensiblement rallongées, la durée moyenne atteignant 26 mois pour les fonds clôturés au premier semestre 2025, contre 16 mois en 2020 (2). Dans certains cas, ces conditions prolongées ne permettent même plus d’atteindre la taille cible initialement fixée par les gérants, illustrant l’ampleur du resserrement du marché. Cette polarisation renforce mécaniquement la difficulté d’accès aux fonds les plus performants, obligeant de nombreux investisseurs à redoubler d’efforts pour obtenir des allocations auprès des gérants les plus performants.

Essor de l’IA

Une autre tendance structurante vient également redessiner le paysage du private equity : l’essor de l’intelligence artificielle. Elle réduit les coûts d’exploitation, accélère l’automatisation et repousse l’horizon de maturité de nombreuses entreprises, les incitant à rester privées plus longtemps. Preqin anticipe que les sociétés soutenues par le private equity capteront une part disproportionnée des gains de productivité liés à l’IA, du fait de leur agilité opérationnelle. UBS estime que les revenus mondiaux liés à l’intelligence artificielle pourraient atteindre 3 100 Md$ en 2030 (3), portés par une croissance annuelle proche de 30% sur la période, illustrant l’ampleur du potentiel de monétisation du secteur.

En parallèle, les stratégies de dette privée et d’infrastructure devraient poursuivre leur montée en puissance. La première bénéficie de la désintermédiation bancaire et de la recherche de solutions de financement plus flexibles, tandis que la seconde est portée par des besoins considérables en infrastructures numériques et énergétiques. La demande massive liée aux data centers et à l’augmentation des besoins en puissance électrique oriente durablement les flux d’investissement et conforte l’infrastructure comme l’un des actifs centraux de la décennie.

Explosion des data centers

À titre d’exemple, les data centers pourraient représenter jusqu’à 9% de la consommation totale d’électricité aux États-Unis d’ici 2035, contre environ 4% aujourd’hui (3). Cette dynamique technologique dépasse largement le seul périmètre de l’infrastructure : elle s’exprime également dans l’immobilier, la dette privée ou encore le LBO, ce qui impose aux investisseurs une gestion rigoureuse de leur exposition pour construire des portefeuilles réellement équilibrés.

Au moment où la liquidité revient progressivement, l’industrie aborde donc une phase charnière. Moins dépendante des politiques monétaires qu’au cours de la décennie précédente, plus diversifiée dans ses sources de capitaux, et portée par un choc d’innovation sans précédent, elle semble mieux positionnée pour aborder un cycle de croissance plus équilibré, sous réserve que les conditions de marché continuent de se normaliser.

(1) Preqin - Private Markets in 2030
(2) Private Equity Market Overview - Q3 2025 (PJT Park Hill)
(3) UBS House View - Year Ahead 2026