Le gouverneur de la Banque de France part officiellement pour prendre la présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Son mandat laissera un goût amer aux IOBSP.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et président de l’ACPR, a annoncé son départ de ses fonctions début juin, après que le Conseil général de la Banque de France ait donné son accord lors de sa séance du 6 février, un an avant le terme prévu.
Succession apaisée
« Mes près de onze années à la tête de la Banque de France et au service de l’euro sont et resteront l’honneur de mon parcours public ; nous avons avec les hommes et les femmes de la Banque de France tenu le cap de la stabilité et soutenu la confiance à travers les crises, et nous avons transformé cette grande institution publique, a commenté l’intéressé. D’ici juin, et un peu plus d’une année avant le terme de mon second mandat, il me semble que j’aurai accompli l’essentiel de ma mission. »
François Villeroy de Galhau, qui a notifié Emmanuel Macron ainsi que la BCE de sa décision, estime que le délai prévu est « suffisant » pour organiser « paisiblement » sa succession.
Dans une lettre aux agents de la Banque de France, il s’est félicité du parcours accompli, estimant que l’institution était maintenant plus visible – une « boussole de confiance dans le débat économique » – et plus performante, assurant « un meilleur service au meilleur coût ». Il a salué un organisme « à la pointe de l’innovation dans l’Eurosystème », en faisant référence à la monnaie numérique ou l’intelligence artificielle.
Plan social
La raison officielle de son départ tient dans la succession de Jean-Marc Sauvé, dont le mandat se termine fin mai, à la présidence de la Fondation Apprentis d’Auteuil. Pour plusieurs observateurs de la vie politique, ce départ prématuré n’est pas le fruit du hasard. Son successeur, qui n’est pas encore connu à ce stade, sera désigné en toute vraisemblance par Emmanuel Macron.
Le mandat étant prévu pour une durée de six ans, le prochain Gouverneur devrait donc traverser le prochain quinquennat, quelle que soit la sensibilité politique au pouvoir – et son euroscepticisme. Or, François Villeroy de Galhau, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE et président de la Banque des règlements internationaux (RSI), est un européaniste convaincu.
Ancien élève de l’ENA et inspecteur des finances, il est également passé par la Direction du Trésor, le cabinet du ministre de l’Economie Dominique Strauss-Kahn, et a exercé des fonctions de direction à Cetelem et BNP Paribas.
La bataille du crédit
Son départ ne laissera pas un souvenir ému aux courtiers en assurance de prêt, dont les représentants ont bataillé pendant deux années pour tenter de faire évoluer les règles du Haut conseil de stabilité financière (HCSF) en matière de crédit immobilier. Celles-ci imposent depuis 2022 un taux d’endettement maximum de 35 %, assurance emprunteur incluse, et une durée d’emprunt limitée à 25 ans.
Les associations d’IOBSP considéraient alors ces règles, ainsi que celles relatives au taux d’usure, en partie responsables de la crise du crédit qui affectait alors la profession. Des membres de l’Union des intermédiaires en crédit (UIC) avaient même manifesté à deux reprises devant le siège de la Banque de France, armés de tentes Quechua et coiffés du célèbre béret de l’Abbé Pierre.
« Se rendre sur place, avec l’usage de tentes et de bérets, sans violence mais avec conviction, a démontré que les courtiers occupent une position centrale : en plus de leur rôle clef dans la défense du pouvoir d’achat des acquéreurs et des consommateurs, ils peuvent aussi se fédérer, s’organiser et incarner le rôle de véritables lanceurs d’alerte au service de l’intérêt général », se rappelle François Kieffer-Schwob, dirigeant de FG Stratégies.
François Villeroy de Galhau s’était pourtant, pendant toute la durée du conflit, montré ferme face à la remise en cause des règles du HCSF. Il faisait alors valoir que les banques, qui disposent d’une marge de dérogation aux règles du HCSF sur 20 % de leurs dossiers, n’utilisaient jamais cette faculté à plein.
Successeurs potentiels
Compte tenu des circonstances du départ de l’actuel gouverneur, l’annonce n’a pas affecté les marchés. « La transition semble largement anticipée et encadrée, ce qui limite toute lecture politique immédiate, écrit Antoine Andreani, head of research chez XTB France. Sauf surprise majeure dans le profil du successeur ou inflexion explicite de la ligne budgétaire française, la crédibilité de la position française à la BCE et la ligne de rigueur affichée devraient rester inchangées ».
Emmanuel Macron à la manœuvre, il paraît probable que ledit successeur continuera de défendre l’ajustement budgétaire et l’objectif de ramener le déficit sous les 5 % du PIB en 2026.
L’agence Bloomberg esquisse déjà plusieurs successeurs potentiels, dont l’actuel directeur général du Trésor, Bertrand Dumont, ainsi que ses deux prédécesseurs Emmanuel Moulin (actuel secrétaire général de la présidence de la République), ou Odile Renaud-Basso, présidente de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.
Parmi les autres noms en circulation, on trouve Benoît Coeuré, président de l’Autorité de la concurrence et rival de François Villeroy de Galhau lors de sa première désignation, et Agnès Bénassy-Quéré, sous-gouverneur à la Banque de France et ex-économiste en chef au Trésor.
