Dans un environnement marqué par des cycles d’investissement plus longs, les investisseurs en private equity accordent une attention accrue à la capacité des fonds à distribuer du capital. Sans supplanter les indicateurs traditionnels, le DPI (« Distribution to Paid-In ») s’impose comme un outil central pour évaluer la qualité d’exécution des gérants.
Longtemps, la performance du private equity s’est appréciée principalement à travers des indicateurs comme le TRI ou le multiple. Ces métriques restent essentielles. Mais dans un environnement où les cycles de détention s’allongent et les sorties s’échelonnent davantage dans le temps, les investisseurs se tournent de plus en plus vers une autre information : la capacité des fonds à restituer effectivement le capital investi.
Indicateur pratique
Cette capacité est mesurée par le « distributions to paid-in » (DPI), qui rapporte les distributions cumulées d’un fonds au capital effectivement appelé auprès des investisseurs. À la différence des indicateurs fondés sur des valorisations trimestrielles, le DPI reflète uniquement des flux réalisés. Il constitue ainsi une mesure directe et tangible de la performance effectivement cristallisée.
Selon McKinsey, les distributions ont représenté seulement 6 % des encours sur les douze derniers mois en juin 2025, contre 16% en moyenne entre 2015 et 2019(1). Cette situation reflète avant tout une transformation du cycle d’investissement. Les durées de détention dépassent désormais 6,5 ans en moyenne, et plus de la moitié des entreprises en portefeuille sont détenues depuis plus de quatre ans, un niveau record. Dans ce contexte, la question ne porte plus uniquement sur la valeur créée, mais sur la capacité à la réaliser dans des conditions satisfaisantes.
Deuxième déterminant de l’investissement…
Cette évolution se reflète directement dans les pratiques d’allocation. Si le TRI demeure le principal indicateur de performance, les investisseurs accordent désormais une importance accrue à la capacité des fonds à générer des distributions effectives. Selon McKinsey, le DPI est désormais considéré comme un critère « critique » ou « parmi les plus critiques » par 54 % des investisseurs(1), à égalité avec le multiple de capital investi (MOIC), ce qui en fait le deuxième indicateur le plus déterminant dans leurs décisions d’allocation. Il ne s’agit pas d’un changement de paradigme, mais d’un rééquilibrage : les investisseurs cherchent à compléter les indicateurs de performance projetée par une mesure tangible de réalisation.
Pour les gérants de private equity, cette exigence renforce l’importance d’intégrer dès l’origine une vision claire des conditions de sortie. La capacité à identifier, dès la phase d’acquisition, des scénarios crédibles de liquidité (cession industrielle, autre sponsor ou introduction en bourse) devient un élément central de la discipline d’investissement. Dans ce contexte, les outils de gestion de liquidité sophistiqués comme les fonds de continuation ou les financements adossés à la valeur du portefeuille se sont développés. Leur utilisation répond à une logique de gestion de plus en plus active du cycle d’investissement.
… Et « buzzword »
Si le DPI est devenu un élément central du discours des gérants, près d’un investisseur sur deux le citant comme le principal « buzzword » des levées de fonds en 2025 (et devant l’intelligence artificielle !) selon Coller Capital, les investisseurs restent attentifs à la nature des distributions. Les sorties traditionnelles, impliquant un acquéreur tiers, demeurent la référence, car elles constituent une validation indépendante de la valeur créée.
Cette attention accrue portée au DPI s’inscrit dans une évolution plus large du private equity vers une plus grande maturité. Elle reflète la sophistication croissante des investisseurs et leur capacité à analyser la performance au-delà des indicateurs de valorisation. Le DPI ne remplace pas les autres métriques. Il les complète. Il permet d’apprécier non seulement la création de valeur, mais la capacité à la concrétiser. Dans un environnement plus exigeant, cette capacité constitue plus que jamais un marqueur différenciant de qualité pour les gérants de private equity.
(1) McKinsey, « Global Private Markets Report 2026 »
(2) Coller Capital, « Global Private Capital Barometer Winter 2025-26 »
