Bien que les résultats des entreprises déçoivent et que les valorisations grimpent en Bourse, les actions européennes attirent de plus en plus les investisseurs internationaux ! François-Xavier Chauchat, membre du comité d’investissement de Dorval AM, analyse la question.
« Le contraste entre le discours décliniste sur l’Europe et le retour en grâce des marchés financiers européens ne cesse de se confirmer, souligne François-Xavier Chauchat, membre du comité d’investissement, économiste et stratégiste chez Dorval Asset Management. La santé retrouvée du système bancaire, la dynamique favorable des pays du Sud, la relance budgétaire allemande et le désir de diversification hors dollar provoquent un afflux record de liquidités vers les marchés européens des actions. »
Balle au centre
Il est vrai que la récente volatilité des cours des « Sept Magnifiques » américains et les doutes sur la profitabilité de l’IA ne font qu’accentuer cet appétit de diversification des investisseurs mondiaux. Pourtant, à première vue, la saison des résultats des entreprises aurait aussi de quoi faire douter les investisseurs les plus optimistes. Mesurés à l’aune des indices Stoxx 600 et S&P 500, les bénéfices des sociétés ont baissé de 2 % en Europe, alors qu’ils ont fait un bond annuel de 12 % aux Etats-Unis.
« La forte concentration de la croissance des BPA [bénéfices par action] américains sur les méga-caps de la tech ainsi que l’effet négatif des variations de change sur les multinationales européennes – le dollar a perdu 10 % par rapport à l’euro – produisent cependant, nuance le stratégiste, une vision un peu trompeuse des résultats. » Mesurées par la médiane des BPA des sociétés composant les deux indices, les croissances 2025 ont été assez proches des deux côtés de l’Atlantique : + 6 % pour l’Europe et + 8 % pour les Etats-Unis. De surcroît, après ajustement des effets de change, les sociétés européennes et américaines cotées ont, en termes d’évolution des BPA, sans doute fait jeu égal.
Pour 2026, le consensus des analystes financiers compilé par Bloomberg prévoit des résultats en augmentation de 12 % à 14 % en Europe et aux Etats-Unis, que ce soit en indiciel ou en médiane. « On sait d’expérience, relève le professionnel de Dorval AM, que les anticipations sont généralement trop optimistes en début d’année. » Dans le cas du Stoxx 600, les espoirs des analystes se fondent en grande partie sur les valeurs industrielles, dont les valeurs de défense (+ 21 %), sur une remontée du secteur de l’automobile (après le « désastre » de l’an dernier) et, après deux années de repli, sur une reprise des profits dans les secteurs du luxe et des cosmétiques.
Une bonne répartition
Le redémarrage économique domestique en cours en Europe est un élément « constructif », mais il ne faut pas oublier que les sociétés européennes sont souvent très sensibles aux marchés plus lointains, comme l’Asie et l’Amérique du Nord. La part des chiffres d’affaires provenant de l’Europe est même minoritaire pour les grosses cylindrées de la cote. Cela dit, la compétition chinoise et les variations des taux de change sont contrebalancées par la « bonne » répartition de la croissance mondiale entre les différentes zones géographiques.
Au demeurant, depuis deux ans, les actions européennes montent beaucoup plus vite que les profits. « En prenant du recul, fait observer François-Xavier Chauchat, on constate qu’à près de 16 fois les bénéfices attendus la valorisation du Stoxx 600 se situe au-dessus de la médiane historique des 40 dernières années, bien que très loin des niveaux de bulle de la fin des années 1990 (27 fois). De plus, une partie de ce re-rating est justifiée par l’amélioration structurelle du couple rentabilité/risque du secteur financier, plus gros secteur de la cote avec 25 % de la capitalisation boursière du Stoxx 600. » Finalement, en l’absence de forts déséquilibres, les valorisations des valeurs européennes ne semblent pas déraisonnables…
ML
