Tracfin : l’art, objet de tous les soupçons

Les déclarations de soupçon adressées à Tracfin dans le secteur de l’art progressent fortement, rappelant la vulnérabilité du secteur, notamment en matière de blanchiment de capitaux. Si les banques concentrent l’essentiel des signalements, les professionnels du marché de l’art restent encore peu mobilisés, malgré leurs obligations.

Les déclarations de soupçon (DS) dans l’art en nette augmentation. Sur l’année 2024, Tracfin a reçu 1 109 signalements de professionnels, soit une augmentation de 35 % par rapport à 2023, de 68 % par rapport à 2022 et même de 112 % par rapport à 2021.

Un mouvement encouragé par la cellule de coordination chargée du traitement du renseignement et de l'action contre les circuits financiers clandestins (Tracfin). Le service de Bercy, dans un focus publié récemment, pointe la vulnérabilité du secteur aux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (LCB-FT).

« Son fonctionnement est marqué par des transactions internationales, une valorisation parfois subjective des œuvres, l’intervention potentielle de plusieurs intermédiaires et une forte confidentialité, écrit-il. Les objets d'art sont par ailleurs facilement transportables ou stockables. » Un terrain de jeu propice pour la dissimulation de l’origine illicite de fonds ou la circulation de capitaux destinés à des activités criminelles.

Les principales infractions relevées par Tracfin portent en premier lieu sur de la fraude fiscale. La cellule de Bercy a également constaté des faits constitutifs d’abus de bien social, de l’escroquerie, du blanchiment de capitaux ou le financement du terrorisme grâce aux antiquités pillées.

Les banques constituent le gros de stock de déclarations (58 %). Pas vraiment une surprise, ces établissements figurant parmi les meilleurs élèves de Tracfin, avec un nombre de DS tous secteurs confondus en augmentation de 22,5 % au premier semestre 2025.

Des élèves cependant pressés de rendre leur copie au point qu’elle soit parfois brouillonne. Le média Intelligence Online révélait fin 2025 que Tracfin avait demandé aux banques de ralentir le rythme, pour déclarer moins, mais déclarer mieux.

Les établissements de crédit sont suivis par les opérateurs de vente volontaire (13 % des DS), des établissements de paiement (9 %), les assureurs et les changeurs manuels (6 % chacun).

A l’inverse, les professionnels du marché de l’art se montrent peu mobilisés, alors même qu’ils sont aussi soumis au dispositif LCB-FT lorsque le coût de la transaction est supérieur à 10 000 euros. « Au regard du dynamisme et des enjeux financiers liés au marché de l’art, la faiblesse de ce flux déclaratif pose question », regrette Tracfin.

De nombreuses professions sont pourtant concernées : galeristes, négociants d'œuvres d'art et d'antiquités, antiquaires, brocanteurs, commissaires de justice, opérateurs de vente volontaire, courtiers et conseillers en investissements, experts et intermédiaires dans l'acquisition ou la vente d'œuvre, ainsi que les opérateurs logistiques.

Pour rappel, les obligations prévues par la LCB-FT ne se limitent pas aux DS. Les professionnels de l’art sont aussi assujettis à une obligation de vigilance à l’égard de la clientèle (notamment en réalisant des contrôles d’identité), de vérification de la provenance des œuvres, de surveillance des transactions, de mise en place de procédures internes ou de formation du personnel.

Pour Tracfin, la mobilisation de ces professionnels est d’autant plus importante que si l’analyse nationale des risques (ANR) conduite en 2023 laisse apparaître un risque LCB-FT modéré sur le secteur de l’art, sa vulnérabilité apparaît cependant comme élevée pour le blanchiment d’argent.

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