Confinement : comment les CGP traversent l'épreuve. Témoignage de Georges Nemès, Patrimmofi

Krach boursier, confinement : les cabinets de gestion de patrimoine sont soumis à rude épreuve. Georges Nemès, président de Patrimmofi, nous raconte comment son groupement traverse cette crise. Un témoignage grave, mais empreint de sérénité. 

Propos recueillis par Carole Molé-Genlis

Comment le groupement Patrimmofi traverse-t-il cette épreuve inédite ?

Georges Nemès : Nous avons assuré le plan de continuité de l’activité pour nos fonctions supports, notre back office, nos ingénieurs patrimoniaux qui sont en télétravail et disponibles aux mêmes tranches horaires. Quant à nos conseillers, nous les accompagnons : j’ai rédigé une note que nous avons adressée hier à tous les clients pour les rassurer et rappeler aussi l’avantage d’un cabinet adossé à un groupement.

Inédite aussi dans l’ampleur de la crise financière…

GN : L’essentiel de nos clients ont un portefeuille peu exposé aux marchés boursiers. J’avais écrit il y a quelques temps qu’il fallait fuir la volatilité des marchés boursiers. Nous avions fait réaliser à nos clients des arbitrages vers des supports sécurisés. Nous avions déjà évité la crise de 2008. Depuis les années 2000, j’ai une véritable phobie des marchés boursiers. Pour moi, la Bourse c’est un casino pour professionnels et n’est pas du tout adaptée à un patrimoine de particuliers amateurs.

C’est pour cela que nos conseillers sont assez sereins. Sur 500 M€ d’encours gérés au sein du groupement, moins de 3 % sont exposés en bourse. Les clients sont largement investis sur des supports sécurisés ou peu volatils : fonds euros, fonds immobiliers (plutôt des SCI peu chargés en frais), fonds obligataires datés, private equity, fonds structurés, etc.

Les fonds structurés ne sont-ils pas en première ligne ?

GN : Le hasard du calendrier a voulu que nous ayons en début d’année, beaucoup de sorties. Nous attendons sereinement un véritable point d’entrée pour proposer de nouveaux fonds très défensifs bénéficiant de coupons assez élevés dans ce contexte agité.

Quel message faire passer aux clients ?

GN : Le message est que nous vivons une crise sanitaire très forte et qui est devenue une crise financière et économique avec des dégâts irrémédiables. Il faut leur dire que ce sont des événements à court terme, certes graves, mais c’est une histoire de mois, tandis que la gestion de leur patrimoine relève du moyen et long terme. Leur dire aussi que ce confinement, c’est aussi peut-être une occasion pour réfléchir de façon approfondie à la gestion de leur patrimoine à la sortie de cette période. Dans toute crise, il y a une opportunité, dit le proverbe… mais chez nous, il ne sera toujours pas question d’aller sur les marchés boursiers !

Revenons aux CGP : une baisse des encours des clients signifie baisse de leur rémunération…

GN : Les cabinets qui ont des clients exposés aux marchés subissent la double peine : celle d’avoir leur chiffre d’affaires qui va baisser du fait de la réduction des encours de leur client et celle d’avoir des clients paniqués qui appellent sans cesse et rachètent leurs positions. Chez nous, personne n’appelle.

Mais au-delà de la réduction des encours, actuellement, tout est à l’arrêt : n’est-ce pas un terrible manque à gagner en termes d’affaires nouvelles pour les CGP ?

GN : Oui, tout est en suspens. Par exemple pour l’immobilier, il y a les reports de signatures des actes notariés, souvent sur des dossiers élaborés depuis plusieurs mois. Au passage, je m’étonne que malgré la dématérialisation des actes chez les notaires, il ne peut pas y avoir de signature à distance. Ces reports dureront au moins deux ou trois mois.

L’immobilier, les nouveaux contrats et leurs frais d’entrée, etc.. Bref, les nouvelles affaires sont quasiment toutes à l’arrêt. Je ne vois pas les premiers investissements repartir avant la fin du mois de mai, le temps que tout le monde retourne à ses bureaux et retrouve ses esprits.

L’activité redémarrera-t-elle complètement au second semestre ?

GN : Je dois vous confier que, tous les ans, je m’étonne de l’afflux de collecte nouvelle, surtout en fin d’année,sans enjeu fiscal depuis longtemps. C’est pourquoi je pense qu’on pourrait rattraper en partie cette activité, mais seulement à partir de septembre. 

Carole Molé-Genlis

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