Actifs risqués : pourquoi les femmes investissent (beaucoup) moins

Malgré une appétence pour le risque comparable à celle des hommes, les femmes restent largement sous-représentées parmi les détenteurs de produits financiers risqués. Un écart persistant à attribuer aux inégalités patrimoniales et de revenus plutôt qu’à des facteurs culturels.  

Les années passent, mais les constats perdurent. Qu’il s’agisse de la dernière édition du Baromètre de l’épargne de l’AMF (1), ou de celui de Vives Média, publiés le 3 mars, les conclusions convergent.

Ecarts béants

Selon les chiffres du régulateur, les femmes sont deux fois moins nombreuses que les hommes à investir. En 2025, elles représentent seulement 38 % des investisseurs en bourse, 36 % des investisseurs en financement participatif et 26 % des investisseurs en cryptoactifs. 

L’échantillon de Vives, similaire à celui de l’AMF (environ 2 000 personnes), fait aussi apparaître des écarts béants selon le genre : 9 points sur l’assurance vie (44 % des hommes contre 35 % des femmes), 11 points sur le PEA (22 % contre 11 %) et 15 points sur la bourse (23 % contre 8 %). Un ratio d’un à trois en termes de présence sur les marchés.

Si l’étude montre peu d’écart dans l’appétence au risque - 67 % des hommes et 69 % des femmes privilégient les placements sûrs -, la gent masculine est cependant deux fois plus nombreuse à accepter le risque de perte en capital en échange d’un rendement potentiellement plus élevé (20 % contre 11 %).

Marqueur générationnel…

En guise de signal positif, le baromètre AMF montre une légère tendance à la hausse de la part des femmes déclarant détenir un compte-titres, un PEA, des cryptoactifs ou avoir investi en crowdfunding : 24 % en 2025, après 23 % en 2024 et 21 % en 2023. Elles sont souvent jeunes et appartiennent à des catégories professionnelles supérieures.

Presque la moitié des femmes CSP+ de moins de 35 ans interrogées possèdent en effet l’un de ces produits. Elles sont plus nombreuses que les autres femmes à accepter un peu de risque pour leurs placements (61 % d’entre elles, contre 32 % pour les autres femmes), et à envisager d’investir en actions (69 % d’entre elles, contre 31 % pour les autres femmes).

S’agit-il donc seulement d’une différence de culture entre les deux sexes – empreinte des clichés érigeant l’homme en aventurier et la femme en protectrice du foyer – amenée à disparaître avec les nouvelles générations ?

… Ou intemporel

« La part de l’épargne à consacrer à des placements risqués est inférieure puisque le revenu moyen est inférieur, objecte Françoise Neige, directrice de la gestion de fortune chez Natixis Wealth Management. Le patrimoine se constitue donc moins vite, et l’écart se creuse d’autant. » Les revenus mensuels nets déclarés à l’AMF dans le cadre de son baromètre sont d’environ 4 200 € pour les hommes contre 3 500 € pour les femmes.

Penser des investissements « au féminin », ce serait donc passer à côté du creuset des inégalités. « La ligne de crête entre contenus adaptés et paternalisme est assez fine », enchérit Laurent Grassin, directeur média de Boursobank.

Syndrome de l’impostrice

Les données de l’AMF montrent d’ailleurs que si les femmes se pensent moins compétentes en matière de placements que leurs homologues masculins (28 % contre 51 %), c’est parce qu’elles ont en réalité moins tendance à surestimer leur niveau d’expertise réel : 9 % du panel féminin interrogé répond correctement au quizz du régulateur, contre 15 % des hommes.    

A en croire les réponses données à Vives Média, les inégalités de salaires ne se résorberont pas demain. Les femmes ont plus de mal que les hommes à valoriser leur travail en entreprise. Les écarts entre les deux sexes oscillent entre 12 et 20 points selon qu’il s’agisse de négocier un salaire lors d’un entretien d’embauche, de demander une augmentation ou une promotion.

Pire, la situation se dégrade au fil des baromètres : 62 % des femmes se sentaient suffisamment « à l’aise » pour négocier une promotion en 2023, contre 41 % en 2026. Il faut bien sûr ajouter à ces paramètres l’impact des carrières plus courtes liées à la maternité et des choix d’emplois souvent moins rémunérateurs.

Des inégalités installées…

Mais quand bien même les salaires tendraient vers une égalité parfaite, les écarts patrimoniaux sont déjà installés. Car si le patrimoine est très inégalement réparti dans la population – le dernier décile possédant à lui seul la moitié du patrimoine brut total –, il l’est aussi entre les deux sexes. Le patrimoine moyen des femmes est environ 15 % inférieur à celui des hommes, et l’écart se creuse pour les actifs financiers (37 %). Le montant moyen du patrimoine financier déclaré à l’AMF, hors immobilier, est de 53 000 € pour les femmes contre 82 000 € pour les hommes.

Or, plus de 60 % du patrimoine des Français provient des successions, contre 35 % dans les années 1970. Avec la « grande transmission », 9 000 Md€ vont passer des mains des boomers à celles de leurs héritiers d’ici à 2040. Les salaires vont donc continuer leur cure d’amaigrissement, voyant leur poids s’amenuiser progressivement dans le patrimoine total.  

… Et parties pour durer

Ce grand passage de flambeau sera-t-il à même de réduire les inégalités ? A en croire les travaux réalisés sur le sujet, ce serait plutôt le contraire. Les sociologues Sibylle Gollac et Céline Bessière, notamment, montrent que les hommes héritent plus souvent d’actifs susceptibles de se valoriser dans le temps, comme des entreprises ou des biens immobiliers. Les familles cherchent en effet à préserver un patrimoine économique cohérent en évitant de fractionner les actifs productifs. La compensation financière accordée aux héritières féminines sera, quant à elle, consommée ou diluée dans le temps.  

Vives Média, consciente de cet impensé, a fait savoir que le patrimoine ferait l’objet d’une attention particulière lors de son prochain baromètre.

(1) Focus du Baromètre AMF de l'épargne et de l’investissement 2025 : les femmes et l'investissement, 03/03/2026
Enquête réalisée par Audirep en octobre 2025 auprès d’un échantillon de 2 120 personnes de 18 ans et plus représentatif de la population française

(2) Baromètre Vives Média, « Les femmes et l’argent », 5e édition, 04/03/2026
Enquête réalisée en ligne auprès d’un échantillon représentatif de la population française de 2 000 personnes de 18 ans et plus, du 20 au 28 janvier 2026

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