Chronique rédigée sur la base de l'étude de Julien Lefournier : Les fonds durables, le grand enfumage
La finance durable pèserait 59 % des encours de la gestion d'actifs selon les chiffres de l'AFG. Un triomphe ?
Pourtant, la réalité est plus rude : la décarbonation a surtout été « sur le papier », sans impact réel sur l'économie. Le problème fondamental : la finance durable finance marginalement la transition, elle finance des investisseurs qui achètent et revendent des titres entre eux sur les marchés secondaires.
L'impasse ESG et les réponses méthodologiques
La notation ESG dominante est un trompe-l'œil car elle n'évalue pas les impacts de l'entreprise sur le monde. Coca-Cola obtient AAA chez MSCI malgré sa pollution plastique et sa contribution à l'obésité mondiale. Un discours incompréhensible pour les épargnants, mais que la finance cherche à imposer depuis bientôt 30 ans.
Pour ne pas revenir à la maximisation du profit, il faut lui déduire des factures d'externalités dans un principe pollueur payeur. Il faut intervenir sur le marché secondaire avec des méthodologies transformatrices.
Le Score Carbone Axylia inverse la logique : il calcule une « facture carbone » (émissions CO₂ × 148€/tCO₂) qu'il déduit de l'Ebitda. Sa composante prospective évalue la crédibilité des trajectoires à 2030, ne retenant que les entreprises capables d'assumer leur facture carbone ET de la réduire significativement.
Autre limite : l'engagement actionnarial se heurte à la réalité des actionnariats. L'essor des ETF peut paradoxalement le fortifier. Pour l'heure, la moitié des actionnaires des sociétés françaises sont étrangers avec d'autres attentes extra-financières.
Mais une question persiste : comment les sociétés de gestion peuvent-elles prétendre orienter l'économie vers la durabilité si elles ne transforment pas leurs propres pratiques ?
La révolution du Clean Score : être déjà vertueux chez soi
Deux grands fonds de pension néerlandais, PME et PF2W, ont récemment mis fin aux mandats confiés à BlackRock, estimant que la politique RSE de la société de gestion n'était plus suffisamment alignée avec leurs engagements ESG.
Ils attendent des sociétés de gestion qu'elles pratiquent un ESG de l'intérieur. C'est le sens du Clean Score qui renverse la perspective avec trois piliers : climat (quel bilan carbone réel ?), parité femmes-hommes (comment évaluer le "S" social en perpétuant des inégalités ?), mécénat (quelle part des bénéfices allouée au bien commun ?).
Cette exigence d'exemplarité interne produit des impacts directs mesurables : réduction réelle des émissions de l'institution, progression tangible de la parité, soutien concret à des causes d'intérêt général. Une approche qui aboutira à décerner les premiers Globes Clean Score avec Gestion de Fortune en septembre prochain.
Crédibilité totale, le nouveau risque
Le greenwashing devient un risque de réputation et de marché. L'enjeu est de démontrer que les engagements, les portefeuilles ET les pratiques internes vont dans le même sens. La double transparence devient indispensable : Score Carbone pour les portefeuilles (méthodologie traçable), Clean Score pour les institutions (bilan carbone, parité H/F, mécénat documentés).
Conclusion
La finance durable a échoué dans sa régulation, par excès de complexité. Score Carbone et Clean Score introduisent rigueur méthodologique et exemplarité institutionnelle, mais ne résolvent pas le paradoxe structurel des marchés secondaires. À l'autre bout du spectre, les fonds privés (dette/equity) intervenant sur le marché primaire doivent se multiplier pour « financer les réductions d'émissions et pas simplement réduire les émissions financées ».
Au final, la mutation nécessite un quadruple mouvement : exigence sur les portefeuilles, exemplarité des institutions, pression réglementaire et engagement actionnarial. Une société de gestion exemplaire peut déjà produire un impact direct là où elle a réellement prise : ses propres pratiques. Premier pas indispensable, même s'il ne peut suffire sans refonte systémique.
