« Elvest s’inscrit dans une trajectoire initiée depuis 2015 »

Historiquement identifié au dispositif Girardin, Inter Invest change de nom et affirme sa diversification, notamment dans le private equity. Son président, Benoît Petit, revient sur cette stratégie et détaille les raisons de cette bascule.

Pourquoi ce changement de nom au profit d'Elvest ? 

Changer de nom n’est pas facile car Inter Invest porte une forme d’héritage, mais cela reflète une mutation profonde enclenchée depuis 10 ans. A l’époque, nous étions 40 collaborateurs, spécialisés en défiscalisation Outre-mer. Nous sommes aujourd’hui 250, et le Girardin n’est plus le premier métier du groupe, mais il reste très ancré dans l’inconscient collectif.

J’ai donc voulu ce changement pour envoyer le message à notre écosystème que notre société est bien différente de ce qu’elle était il y a 10 ans.

Elvest renvoie à la fois à Inter Invest et à Elevation Capital Partners, le nom de notre société de gestion spécialisée en actifs non cotés. Cela permet de marquer la transition d’une société qui propose du Girardin à titre principal et d’autres activités, vers une société de gestion qui fait du private equity à titre principal et d’autres activités de manière secondaire.

Comment votre activité reflète-t-elle cette évolution ?

Nous avons réalisé 260 M€ de collecte sur le capital-investissement contre 150 M€ pour le Girardin en 2025. 2026 devrait être une bonne année pour le Girardin grâce à plusieurs gros agréments, avec 250 M€ de collecte anticipée. Nous devrions cependant réaliser 300 à 350 M€ de collecte sur le private equity. Donc même lors d’une grosse année pour le Girardin, notre collecte en private equity reste supérieure.

Pourquoi avoir impulsé ce changement d’orientation ?

Cela s’inscrit dans une trajectoire initiée lors de mon arrivée en 2015. Malgré notre bon track-record sur les métiers liés au financement d’investissements productifs en Outre-mer, le business model peut être impacté chaque année en fonction des décisions du législateur, rendant le pilotage complexe et l’avenir incertain. La diversification était nécessaire.

C’est pour cela que nous avons créé une société de financement dès 2015, dont le nom commercial est Sofidom, afin de proposer du crédit-bail mobilier. Il s’agit d’une activité de compte-propre, sans distribution. Sofidom dispose d’un agrément bancaire de société de financement qui nous permet de proposer du crédit à des entrepreneurs ultra-marins.

En ce qui concerne notre société de gestion, Elevation Capital Partners a démarré avec 2 M€ d’encours en 2015, mais 10 ans après, nous avons fortement développé nos verticales métiers, avec de l’investissement direct, des fonds de fonds et le real estate plus récemment. La société dispose aujourd’hui de 50 collaborateurs et d’encours sous gestion de 1 Md€, pour 2 Md€ projetés à 3 ans. Nous avons une belle trajectoire de croissance.

Nous avons ensuite créé un teneur de compte-conservateur pour créer et distribuer un PER bancaire, désormais dénommé Tenest, en prenant le contre-pied des PER assurantiels majoritaires en assurant une entière liberté de choix d’investissements et avec des frais moindres.

Nous avons lancé notre activité de produits structurés, Solvest, en 2025, avec des ambitions de collecte de 100 à 200 M€ cette année. Nous traitons avec toutes les banques d’investissement, françaises ou étrangères, et avons quasiment tous les assureurs au catalogue. Notre dernier produit était un auto-call, dont la spécificité est qu’en cas de rappel du produit, le coupon est déplafonné en cas de performance excédentaire de l’indice.

Nous avons également pris une participation minoritaire dans Mirabelle, qui vient d’obtenir son agrément de société de financement pour proposer du prêt viager hypothécaire. Il s’agit d’une alternative au viager, avec un prêt in fine avec remboursement du prêt et des intérêts calés sur la durée de vie de la personne lors du décès, ou la vente du bien, au choix des héritiers.

Quelles sont vos velléités de développement futures ?

Notre réflexion porte essentiellement sur le capital-investissement. Alors que 98 % de notre clientèle est composée de particuliers, nous voulons proposer notre offre à la clientèle institutionnelle.

Nous souhaitons également réaliser une expansion géographique sur des zones limitrophes, comme la Suisse, l’Italie ou la Belgique. Les véhicules de droit luxembourgeois sont des formats juridiques reconnus pour des investisseurs professionnels, institutionnels ou fortunés, qui nous permettent de distribuer sur ces marchés plus facilement.

Pourquoi l’environnement législatif du Girardin est-il si fluctuant ? 

Le besoin d’économies budgétaires amène des ajustements quasiment annuels. Il en existe aussi dans le private equity, mais ceux-ci ne conduisent à aucun ajustement contraint des volumes.  

Si l’on prend la loi de finance votée en 2024 et applicable en 2025, trois secteurs ont été impactés. Les chauffe-eaux solaires d’abord. Ensuite, les véhicules de location dont beaucoup ne sont plus éligibles car trop émetteurs de carbone. Or, vouloir faire du tout électrique en Outre-Mer, dont l’électricité est issue d’énergies fossiles, est une hérésie. Enfin, les résidences de tourisme sont soumises à des critères d’éligibilité plus drastiques. Sur le dernier point, il s’agissait d’un correctif nécessaire, mais les deux premières modifications législatives ont supprimé beaucoup de volumes, en raison de politiques publiques contestables.

Elles se sont traduites par une diminution de 25 % de nos volumes. Heureusement, de nouveaux dossiers d’investissements de grande taille sont venus compenser la diminution du flux.

Avec la sanction d’Altaroc, l’AMF a envoyé un message aux sociétés de gestion qui distribuent du private equity de façon intermédiée, leur intimant de veiller à l’amélioration de la qualité du service rendu aux clients pour justifier de la légitimité des rétrocessions versées aux CIF. Comment intégrez-vous cette contrainte ?

La façon dont nous structurons la rémunération de nos distributeurs, principalement en upfront, nous permet d’être conforme à la volonté du régulateur. Il nous paraît en effet difficile de justifier de l’amélioration du service rendu sur des produits illiquides, sans possibilité de retrait pour une période longue.

 

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