Les investissements durables tiennent-ils vraiment leurs promesses ?
Deux études récentes de la Banque Centrale Européenne et de la Banque de France apportent des réponses contrastées qui devraient intéresser tout épargnant soucieux d'allier éthique et performance.
Le grand écart des fonds ESG
L'engouement pour les fonds labellisés « verts » ou « ESG » aurait porté les encours à 30 000 Md$ d'encours à fin 2022, soit un quart du marché mondial. Pourtant, une étude approfondie de la BCE menée par Dilyara Salakhova interpelle. Sur 8 000 fonds analysés entre 2016 et 2021, le constat est sans appel : la majorité des fonds ESG jouent un rôle limité dans la transition climatique.
Le paradoxe est saisissant. Les fonds les plus « verts » — labellisés article 9 ou Green Tech investissent certes davantage dans les énergies renouvelables et moins dans les fossiles. Mais leur empreinte carbone globale reste comparable aux fonds traditionnels. 28 % des fonds auto-proclamés « verts » n'ont même aucune stratégie environnementale vérifiable et sont classés article 6, c'est-à-dire sans objectif de durabilité. Seule exception notable : les fonds Low Carbon et article 8 qui, eux, affichent des réductions d'émissions significatives. Comment expliquer ce décalage ? Ces fonds n'ont pas radicalement changé leur allocation sectorielle, mais ont privilégié les entreprises les moins polluantes au sein de chaque secteur. Une stratégie discrète mais efficace.
L'illusion du greenwashing
L'étude révèle aussi un phénomène troublant : l'incohérence entre les différents labels. Bloomberg, Lipper et Morningstar ne s'accordent que sur 24 % des fonds ESG recensés. Comment s'y retrouver quand les experts eux-mêmes divergent ? Plus inquiétant encore : aucune catégorie de fonds ESG ne privilégie systématiquement les entreprises dotées d'objectifs climatiques ambitieux validés scientifiquement. Les fameux « science-based targets » (SBTI) restent le parent pauvre des stratégies dinvestissement, même chez les gérants se revendiquant de l'impact.
Le message est clair : un label vert ne garantit pas un impact environnemental. Les épargnants doivent regarder au-delà du marketing et exiger transparence et critères mesurables.
La bonne nouvelle : verdir sans perdre
Face au tableau sombre de la performance des fonds articles 8 et 9, une lueur d'espoir vient de la Banque de France. Son étude sur les indices PAB (Paris-Aligned Benchmarks), alignés sur l'Accord de Paris, démontre qu'investir vert n'implique pas de sacrifice financier.
Sur quatre ans (2020-2024), ces indices affichent des performances quasi identiques aux indices classiques, tant en rendement qu'en volatilité. Zone euro, États-Unis, Japon : partout, le constat se vérifie. Même surprise pour les obligations d'État de la zone euro. Comment est-ce possible ? Les indices PAB surpondèrent technologie et finance, secteurs performants ces dernières années, tout en excluant Iénergie fossile qui a sous-performé (hors 2022). Résultatmoins de carbone, pas moins de rendement.
Cette étude balaie un préjugé tenace : la concentration sectorielle des investissements verts n'augmente pas la volatilité. Une diversification réduite ne signifie pas plus de risque.
Mode d'emploi pour l'épargnant
Que retenir pour votre épargne ? D'abord, la méfiance envers les labels autoproclamés. Pour les valeurs cotées, privilégiez les fonds article 8 ou 9 avec une vraie stratégie bas carbone documentée. Exigez la transparence : empreinte carbone du portefeuille, objectifs chiffrés de réduction, exposition aux énergies fossiles.
Ensuite, les ET F PAB offrent une alternative crédible : impact climatique réel, performance comparable, frais souvent réduits. Dans le non côté, les fonds d'infrastructures méritent l'attention. Dans un autre registre, mais avec une liquidité réduite, figurent les foncières et assimilés. La finance verte est à un tournant. Entre greenwashing assumé et solutions véritablement alignées, le tri s'impose. Les régulateurs européens durcissent le ton, IEsma propose d'encadrer strictement l'usage des termes « vert » ou « durable ». Dans un marché qui s'assainit lentement, c'est aux épargnants d'accélérer le mouvement et de voter avec leur épargne.
