Dettes : le marché apprécie les montagnes, selon Octo AM

Dans son dernier Hebdo Crédit, Matthieu Bailly, fondateur, directeur général délégué d’Octo AM, note que les marchés apprécient l’augmentation des dettes.

« Des montagnes de dettes à venir, les marchés apprécient ! Et c’est normal… » C’est le titre de la dernière chronique hebdomadaire en date d’Octo Asset Management (groupe Amplegest) que rédige son fondateur-directeur général délégué, Matthieu Bailly.

Alors qu’il est bien difficile, parmi les économistes ou décisionnaires politiques de trouver un consensus sur la crise actuelle, sa durée, ses répercussions économiques, sociales, financières ou budgétaires, les marchés ont au moins trouvé ces jours-ci une première oasis pour s’abreuver de « quelques soupçons » de performance positive et, surtout, d’« un peu de calme » après les tempêtes des semaines précédentes.

« L’essentiel des populations occidentales est confiné et, donc, peu à même de réaliser un travail à 100 %, souligne le spécialiste des taux d’intérêt. Difficile de tirer des conclusions de l’indicateur de chômage quand celui-ci est, sinon imposé, du moins favorisé par les gouvernements. Difficile d’imaginer des patrons d’industrie faire des plans d’investissement lorsque leurs usines sont fermées. Difficile de tirer des conclusions sur la consommation alors que les foyers doivent se restreindre aux seules denrées de base. Si, continue-t-il, les indicateurs économiques doivent être observés avec circonspection et, surtout, patience, car ils sont peu représentatifs aujourd’hui, les annonces et les actions des banques centrales ont probablement été le catalyseur important pour la stabilisation récente des marchés financiers [dans la semaine du 23 mars], notamment leurs injections massives de liquidités et leurs nouveaux achats d’actifs, obligataires en tête. Les obligations d’Etat sont toujours les premières à profiter des achats d’actifs. »

Un ratio dette/PIB sans valeur pratique

Malgré les craintes « légitimes » de bond de l’endettement des Etats européens, le rebond des rendements obligataires ne fut que de courte durée et de faible amplitude. Si l’importance des déficits budgétaires et des endettements publics peuvent préoccuper, Matthieu Bailly tient à « pondérer » le discours de certains économistes. Pour mesurer l’endettement d’un pays, c’est le ratio dette/PIB qui est utilisé. Ainsi, ce ratio pourrait-il atteindre 130 % pour la France à horizon cinq ans, comme en Italie aujourd’hui. On pourrait se plaindre de cet enfoncement du pays dans le surendettement, mais il faut également voir qu’en cas d’inaction (maintien de la dette au même niveau) que c’est le PIB qui plongerait.

Autrement dit, bien que stable, l’endettement bondirait selon la formule dette/PIB, au prix d’une crise économique et sociale majeure. « A résultat à peu près équivalent en termes de chiffres, fait remarquer le spécialiste, on peut donc tout à fait comprendre les décisions des gouvernements d’augmenter temporairement leur déficit pour tenter de sauver l’économie. »

Autre élément à prendre en compte : l’endettement est « significativement » différent lorsqu’il est créé à partir d’une base monétaire stable ou lorsque la base monétaire est en croissance. Or, les obligations d’Etat ont aujourd’hui le « double rôle » de financer les déficits des gouvernements successifs et de servir de « collatéral » à la Banque centrale européenne pour sa création monétaire, celle-ci achetant toujours plus d’emprunts d’Etat. La masse d’euros à investir est toujours plus importante. Elle croît à un rythme supérieur à la croissance des dettes souveraines. L’endettement n’a pas augmenté autant que cela, puisque sa valeur a baissé du fait de la création monétaire.

Au demeurant, tant que les Etats européens sont « dopés » au déficit et dans l’impossibilité de réduire leur endettement et, donc, leurs émissions obligataires, la BCE ne peut pas revenir en arrière et « détruire » sa monnaie. Par ailleurs, s’il n’augmente pas forcément, l’endettement relatif des Etats européens se gonfle par rapport au reste du monde, la valeur de l’euro ne cessant de se détériorer (à force d’en créer). « On peut imaginer, conclut Matthieu Bailly, que le fameux seuil des 100 %, très théorique et sans grande valeur pratique, ne devienne qu’un lointain souvenir dans quelques années, sans pour autant que la confiance des investisseurs obligataires ne soit érodée. »

ML

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