Richelieu Gestion : Alexandre Hezez présente ses vues de marché

Si, pour Alexandre Hezez de Richelieu Gestion, la situation économique s’améliore, il demeure relativement prudent, car il y a des risques. Et les avoirs des clients doivent être protégés.

Dans sa présentation à la presse de sa stratégie d’investissement, Alexandre Hezez, qui a intégré en début d'année le groupe Richelieu Gestion au poste de directeur de la gestion financière, stratégiste et allocataire, mentionne quatre risques pour les marchés : monétaire, économique, géopolitique et d’entreprise. Il y a, d’après lui, un risque supplémentaire, celui d’une résurgence inflationniste.

« Beaucoup de clients, indique-t-il, nous demandent pourquoi le marché monte. Certes, il y a eu des regains de volatilité en septembre et en octobre, dans l’attente d’une décision de la Réserve fédérale américaine et du fait de l’éventualité d’un hard Brexit. Le degré d’incertitude s’est ensuite fortement réduit. Jerome Powell [président du conseil des gouverneurs de la Fed] a une attitude responsable et pro-marchés financiers. Et, que ce soit en Chine ou en Allemagne, les signes de dégradation s’amenuisent. Le rapport de force entre Américains et Chinois est, en outre, plus équilibré. Ce qui devrait éviter une escalade. Les nouvelles du côté du Royaume-Uni, fait-il encore observer, sont également moins préoccupantes. Enfin, les résultats des entreprises ne sont pas si mauvais que cela. Moyennant quoi, les marchés ont effacé leur dernière phase de baisse et repris le chemin de la hausse. »

Les banques centrales continuent à donner le ton. Si bien que les investisseurs, qui doivent être nombreux à penser que le pouvoir de celles-ci est quasi illimité, n’ont pas de raisons de s’alarmer. Et ce d’autant moins qu’elles sont parfois en avance sur leurs attentes ! En tout cas, elles leur apportent un soutien sans faille. Une grande banque centrale ne pourrait d’ailleurs pas ne pas se montrer accommodante. Sinon, cela aurait un impact sur le change. Quoi qu’il en soit, la conjoncture se stabilise et le risque politique diminue. De surcroît, relève le stratégiste, « la liquidité se voit maintenant dans le marché ».

Eviter à tout prix une récession

Alexandre Hezez note aussi que, dans presque tous les pays, les anticipations d’inflation n’ont jamais été aussi basses. C’est pour cela que les banques centrales sont enclines à abaisser leurs taux directeurs. Toutefois, si les salaires augmentent vivement aux Etats-Unis ou si les cours du pétrole s’envolent, il y a un risque de remontée de l’inflation. « Dans ce cas, estime le professionnel, les banques centrales ne pourront pas faire grand-chose. Si elles rehaussaient leurs taux d’intérêt, cela serait négatif pour les marchés. Et, si l’inflation repartait, il pourrait aussi y avoir un krach obligataire… » La question se pose de savoir si le cycle de croissance aux Etats-Unis, qui dure depuis plus de 10 ans (ce qui ne s’était encore jamais vu), arrive à son terme. Mais, affirme le stratégiste, plus personne aujourd’hui ne veut de récession ! Il peut y avoir une crise, mais, tant qu’une telle éventualité est redoutée par le consensus, la probabilité qu’elle survienne est faible…

Pour l’heure, les banques centrales sont à la manœuvre et les marchés semblent pouvoir monter indéfiniment. Ce qui n’empêche pas les rotations sectorielles, en faveur, par exemple, des banques, de l’automobile et de l’énergie (dont les primes de risque se réduisent). « A mon avis, précise encore Alexandre Hezez, la concentration dans le secteur bancaire viendra un jour. Bien que sa valorisation soit très faible, celui-ci ne séduit pas les investisseurs. »

En termes d’allocation d’actifs, Richelieu Gestion privilégie la neutralité en ce qui concerne les actions, avec, néanmoins, une préférence pour les valeurs européennes. Cela dit, pour avoir du rendement, investir en actions est quasiment devenu une obligation ! Du côté des obligations, les corporate bonds les mieux notés (investment grade) sont surpondérés, car ils profiteront d’une abondante liquidité, de la qualité des émetteurs et des achats de la Banque centrale européenne. A l’inverse, les taux souverains (Etats-Unis, France, Allemagne) conservent un biais négatif.

Michel Lemosof

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