Dirigeant de société : devoir d'alerte de la banque

Schéma classique : un chef d'entreprise se porte caution auprès de la banque qui consent un crédit à sa société. S'étant engagé trop vite, peut-il reprocher à l'établissement d'avoir délivré le prêt sans l'avertir du risque ? Revirement de jurisprudence.

En vue de financer l'acquisition d'un fonds de commerce pour 60 000 €, la Banque populaire Occitane a consenti à une société un prêt du même montant et exigé une garantie par un nantissement et, dans une certaine limite, par le cautionnement solidaire de la gérante.

Par la suite, l'affaire ayant capoté, cette gérante s'est vu assigner en paiement. Celle-ci estimant ne pas avoir bien compris la portée de son engagement elle a recherché la responsabilité de la banque pour manquement à son devoir de mise en garde et elle a gagné : la cour d'appel a condamné la banque à dédommager la gérante de 40 000 €.

La banque conteste devant la Cour de cassation estimant qu'il n'existe pas de disproportion manifeste entre les capacités financières de la caution et un risque d'endettement né de l'octroi du crédit. Et elle perd !

Selon la Cour de cassation « la banque est tenue à un devoir de mise en garde à l'égard d'une caution non avertie lorsque :

1°) au jour de son engagement, celui-ci n'est pas adapté aux capacités financières de la caution,

2°) il existe un risque de l'endettement né de l'octroi du prêt garanti, lequel résulte de l'inadaptation du prêt aux capacités financières de l'emprunteur ».

La banque devait se livrer à cette double appréciation pour l'emprunteur (en l'espèce la société) et pour la caution (sa gérante), cela sachant que cette dame n'y connaissait rien, précisent les juges du fond.

Les juges d'appel ont constaté que « l'opération était vouée à l'échec dès son lancement » et donc la banque, affirme la Cour de cassation, « était tenue à l'égard de (cette dame) à un devoir de mise en garde lors de la souscription de son engagement, peu important que celui-ci fût adapté à ses propres capacités financières ».

Cette décision admet qu'un gérant de société ne soit pas nécessairement une caution avertie, contredisant la jurisprudence (Cass. Com. 13 février 2007, pourvoi 04-19727) en exigeant que la banque l'alerte formellement sur le risque pris.


(Cass. Com. arrêt n° 1437 du 15 novembre 2017, 16-16.790)

Image

Actualisé quotidiennement, Gestion de Fortune est le média de référence des professionnels de la gestion de patrimoine et de la finance privée.
Analyses d’experts, interviews exclusives, décryptages des grandes tendances patrimoniales, fiscales et financières, ainsi qu’un suivi constant de l’actualité des acteurs du marché : cabinets, banques privées, sociétés de gestion, assureurs et institutions. Le média propose également de nombreux services à forte valeur ajoutée :
un annuaire de référence des professionnels de la gestion de patrimoine, des partenariats éditoriaux pour valoriser votre expertise et vos savoir-faire, la création de contenus et d’émissions vidéo (interviews, chroniques, formats pédagogiques) diffusés sur nos supports digitaux et audiovisuels, la mise en lumière de vos actualités et réalisations : nominations, lancements de solutions, études, opérations patrimoniales, événements, publications et distinctions. Gestion de Fortune accompagne ainsi les décideurs et experts dans la compréhension des enjeux patrimoniaux et la valorisation de leur expertise auprès d’une audience qualifiée.

S'abonner à la Newsletter de Gestion de Fortune

Retrouvez chaque semaine l’actualité patrimoniale et financière de la gestion privée, décryptée par des experts.

Pour vous abonner, merci de compléter le formulaire ci-dessous.