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[Tribune] Intelligence artificielle et private equity : une révolution en marche
- Vendredi 28 mars 2025 - 11:30
- | Par Emilie Buttiaux, directrice générale et Romain Gerlinger, directeur de l'investissement d'Archinvest
L’intelligence artificielle s’impose comme un levier stratégique pour le capital investissement. Historiquement focalisés sur l’optimisation financière et opérationnelle, les fonds doivent désormais s’appuyer sur ce nouvel outil pour renforcer la performance de leurs participations et stimuler la création de valeur.
L’adoption de l’intelligence artificielle (IA) dans le private equity s’accélère. Selon une étude menée par Bain & Company auprès de gérants de PE représentant 3 200 Md$ d’actifs sous gestion (1), près de 20% des entreprises en portefeuille ont déjà intégré des solutions d’IA générative avec des résultats concrets. Toutefois, de nombreux fonds en sont encore au stade expérimental et cherchent à formaliser une stratégie d’intégration cohérente et réplicable.
Certains acteurs ont pris une longueur d’avance. Apollo a créé un centre d’excellence IA pour mutualiser les expertises et accélérer l’adoption de l’IA au sein de ses participations. Thoma Bravo, leader dans le secteur des logiciels, intègre l’IA comme un levier clé d’optimisation et de croissance pour ses participations.
Le fonds met particulièrement l’accent sur l’automatisation, l’analyse prédictive et l’optimisation des modèles SaaS, avec des applications concrètes dans la cybersécurité, l’analytique et la planification d’entreprise. Ces initiatives témoignent d’une transformation en profondeur : l’IA n’est plus une simple opportunité, mais un impératif stratégique.
Trois axes stratégiques pour créer de la valeur via l’IA
1. Optimisation opérationnelle et réduction des coûts : l’IA permet de rationaliser les processus métiers et d’améliorer la productivité. Dans le développement logiciel, l’apport de l’IA dans la génération de code a permis à des entreprises en portefeuille d’augmenter leur productivité de 30%. Dans les fonctions administratives et financières, l’IA accélère le traitement des données, optimise la gestion des contrats et réduit les coûts liés aux tâches répétitives. Par exemple, LogicMonitor, spécialiste des infrastructures IT, déploie une IA prédictive qui permet de réduire les interventions correctives et de générer jusqu’à 2 M$ d’économies annuelles par client.
2. Accélération de la croissance et augmentation des revenus : l’IA devient un moteur d’expansion pour les entreprises en portefeuille. Dans le secteur SaaS, les outils d’optimisation commerciale alimentés par l’IA améliorent les taux de conversion et favorisent la pénétration de nouveaux segments de clientèle.
3. Amélioration de la valorisation et du multiple de sortie : L’IA révolutionne également l’analyse des entreprises en portefeuille. Grâce à des modèles de traitement de données avancés, les fonds peuvent analyser plus rapidement la santé financière d’une cible, détecter des inefficiences et identifier des opportunités de croissance. Aussi, lors de la cession d’une entreprise, une intégration réussie de l’IA constitue un argument de valorisation clé et peut justifier des multiples de sortie plus élevés.
Les défis de l’intégration de l’IA et le rôle clé des fonds de PE
Si l’IA présente des opportunités majeures, plusieurs défis freinent son adoption : résistance au changement, formation des équipes, qualité et fiabilité des données, besoins en infrastructures technologiques et hétérogénéité sectorielle.
Les fonds de capital investissement, en tant qu’actionnaires stratégiques, sont des catalyseurs clés pour surmonter ces obstacles en investissant dans les capacités IA, en structurant des plans de transformation et en accompagnant les dirigeants dans leur montée en compétence.
L’IA, futur standard du private equity ?
L’IA ne remplace pas les fondamentaux du private equity, mais elle redéfinit la manière dont la valeur est créée et capturée en agissant comme un catalyseur. Dans un environnement où la différenciation et la performance sont clés, les fonds qui sauront structurer et industrialiser l’usage de l’IA bénéficieront d’un avantage concurrentiel décisif.
Les investisseurs institutionnels commencent déjà à prendre en compte la capacité des gérants à intégrer et utiliser l’IA comme un critère de sélection différenciant. Dans un avenir proche, la maîtrise de ces technologies pourrait bien devenir un facteur clé dans l’évaluation d’un fonds, au même titre que la performance financière ou la gestion du risque.
(1) Bain & Company, Global Private Equity Report 2025