Gestion de Fortune

22052018

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L'Edito du mois - Avril 2018

 

L'Edito de Jean-Denis Errard

Rédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Rebouteux

Imagine-t-on que l’Ordre des médecins accueille dans ses rangs des rebouteux et autres exorcistes ? De la même manière, Lionel Lafon, vice-président de la CNCGP, se demande dans un récent éditorial de la e-letter de la chambre : « Comment un professionnel peut-il se présenter CGP, en se cantonnant à de la vente immobilière ou être limité à l’activité de courtage d’assurances ? » Je respecte les rebouteux et les courtiers et ne recherche pas la comparaison, évidemment, mais dans l’esprit du public, le mélange des genres sous la même enseigne entre des professionnels de la stratégie patrimoniale et des vendeurs de produits (parfois d’attrape-gogos !) est surprenant.

Combien de soi-disant CGP ai-je rencontré qui tiennent des boutiques de farces et attrapes en défiscalisation, en pacotilles (je pense à l’arnaque des « terres rares ») et autres miroirs aux alouettes ! Comment, dans une même profession, peut-on trouver des conseils en organisation patrimoniale très pointus, formés à l’Aurep ou autre excellente université, aux côtés de courtiers qui sciemment vendent des produits surcommissionnés dont ils savent qu’ils ne tiennent pas la route. Régulièrement, nous voyons passer ce type de produits que j’appelle « de rebouteux » comme, par exemple, ce structuré fondé sur un étrange indice synthétique (« S&P Euro 50 Equal Weight Synthetic 5 % Price ») relevé sur une brochure commerciale. On comprend que cette confusion puisse « excéder », selon l’expression de Lionel Lafon, ceux qui font vraiment et noblement profession de conseiller le client.

Combien de fois ai-je rencontré, dans le cadre de nos « portraits » tous les mois, des CGP qui s’avouent horripilés de se voir affiliés sous la même bannière que des courtiers parfois sans scrupule ?

La réglementation a évolué, de nouvelles contraintes tendent à protéger l’épargnant européen par une plus grande transparence. Mais, étrangement, seule l’offre de produits financiers, ce qui ne représente qu’une part limitée dans le patrimoine des clients, est placée sous la vigilance des régulateurs. Certes, récemment, l’AMF s’est vue reconnaître par le législateur un certain pouvoir a priori sur la commercialisation de « biens divers ». Pour autant, par exemple, aucune de la centaine d’officines de prétendus « diamants investissement » ne s’est fait enregistrer. En immobilier (physique), comment comprendre que les garanties préalables à la vente de produits financiers ne bénéficient pas autant au prospect avant qu’il signe un engagement, ce qui éviterait des dérives sur des programmes dits de défiscalisation ? Le projet de décret de Montgolfier sur le plafonnement de ces rétrocessions irait dans le bon sens si son véritable objectif n’était de favoriser les majors de la promotion immobilière et, en vérité, de consolider des marges brutes qui dépassent de plus en plus souvent 20 %.

Bref, Lionel Lafon lance un juste débat, pourquoi appeler CGP de simples courtiers, alors qu’on appelle docteur celui qui sort d’une faculté de médecine et non le rebouteux de campagne ?