La BCE baisse ses taux pour la première fois depuis cinq ans


Le Conseil des gouverneurs, de façon largement anticipé par les marchés, a décidé le 6 juin d’abaisser ses trois taux directeurs de 25 points de base. Il ne s’engage pour aucune trajectoire de taux pour la suite, fidèle à sa politique « data dependant ».

La Banque centrale européenne (BCE) a décidé le 6 juin sa première baisse de taux depuis 5 ans. Le taux de dépôt (qui rémunère les dépôts des banques), le taux de refinancement et le taux de la facilité de prêt marginal (que les banques payent quand elles empruntent des liquidités pour une semaine ou pour 24 heures) baissent chacun de 25 points de base pour s’établir respectivement à 4,25 %, 4,50 % et 3,75 % à compter du 12 juin.

« Sur la base d’une évaluation actualisée des perspectives d’inflation, de la dynamique de l’inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire, il est aujourd’hui opportun de réduire le caractère restrictif de la politique monétaire, après avoir maintenu les taux directeurs au même niveau pendant neuf mois », a fait savoir le Conseil des gouverneurs.

Accompagner la reprise

Alors que la zone euro a renoué avec une croissance au premier trimestre 2024 de 0,3 % et que le taux de chômage est historiquement bas (6,4 %), la BCE veut accompagner la reprise économique.

L’institution poursuit dans le même temps son mandat pour assurer le retour de l’inflation vers son objectif de 2 % à moyen terme sans s’engager sur une trajectoire de taux à l’avance. Ceci pour coller à sa politique d’approche par les données (« data dependant »), selon les perspectives d’inflation, réunion après réunion. « Le consensus table sur 2 à 3 baisses de taux dans l’année, mais il est peu probable que la prochaine intervienne avant septembre », prévient Yannig Pariset, gérant chez Fluence.

Changements de tendance

Cette décision, bien qu’anticipée par les marchés, est le signe de plusieurs changements de tendance significatifs. De la fin d’un resserrement monétaire drastique et rapide en premier lieu : il avait suffi d’un an, entre juillet 2022 et septembre 2023, et de 10 décisions pour que le taux de dépôt de la BCE décolle de -0,5 % à 4 %.

D’une modification de la structure de l’inflation en second lieu. Si elle était jusqu’à il y a peu dictée par la hausse des prix de l’énergie, les courbes se sont inversées et c’est maintenant l’inflation sous-jacente, ou « core » en anglais (hors alimentation et énergie), qui mène la danse, tirée par la croissance élevée des salaires dans les services. Résultat : l’inflation globale devrait s’établir à 2,5 % en 2024, 2,2 % en 2025 et 1,9 % en 2026 tandis que l’inflation core est prévue à 2,8 % en 2024, 2,2 % en 2025 et 2 % en 2026.

« Notons des divergences par pays à l'image de l'Allemagne où des accords de branche liés à des négociations triennales notamment dans le secteur public et de la vente au détail jouent sur l’effet de base à court terme, analyse Yannig Pariset. L’anticipation d’inflation pour 2024 réalisée en mars de 2,3 % a été réhaussée à 2,5 % et cette remontée peut paraître contradictoire avec la décision de baisse de taux. La BCE pense cependant que même si le rythme de hausse des salaires est encore vigoureux, la majorité des hausses sont déjà actées et que le rythme va ralentir dans la deuxième partie de 2024. »

Décision indépendante

Troisième changement notable, la BCE a devancé la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) dans une décision monétaire pour la première fois. Pour autant, impossible de faire fi de la politique monétaire américaine sur la durée.

« Les décisions de la Fed et la trajectoire de l'euro pourraient également influencer la politique de la BCE au second semestre, a commenté Gurpreet Garewal, stratégiste macro chez Goldman Sachs AM. Nous nous attendons actuellement à ce que la BCE adopte une stratégie d'assouplissement graduelle et trimestrielle. » Caroline Arnould, directrice générale de Cafpi, anticipe dans un communiqué que « Christine Lagarde gardera aussi un œil sur le marché des changes, de façon à ce qu'un affaiblissement de l'euro contre le dollar n'importe pas une nouvelle vague d'inflation ».

La BCE a également confirmé à l’issue de la réunion du 6 juin poursuivre la réduction du portefeuille de titres détenus par l’Eurosytème dans le cadre du programme d’achats d’urgence face à la pandémie, en conformité avec sa politique d’arrêt du « quantitative easing ». Les créances remboursées ne seront plus réinvesties à partir de fin juin, puis son portefeuille dégonflera de 7,5 Md€ par mois au second semestre 2024. 

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