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Gestion de Fortune n° 374 - Décembre 2025

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L'Edito de Jean-Baptiste Marcy

Appréhender ses biais : une urgence collective

L’AMF vient de lancer une campagne pédagogique destinée aux jeunes investisseurs, pour les sensibiliser aux biais cognitifs qui polluent leurs décisions. Dont acte. Mais une question se pose alors immédiatement : pourquoi se limiter aux jeunes ? À l’heure où l’épargne des Français pèse des centaines de milliards, comment accepter que l’ensemble de la population reste si peu armée face aux réflexes inconscients qui guident nos choix financiers ?

Car cette campagne touche juste. Elle parle de cryptoactifs, terrain de jeu favori des jeunes investisseurs, mais aussi champ d’illusions, de croyances et de faux maîtres. Et surtout, elle met en lumière des biais que nous partageons tous, quel que soit notre âge ou notre expérience. L’AMF rappelle ainsi des fondamentaux :

● Le biais de mimétisme, cette tentation de suivre le troupeau plutôt que de réfléchir à ses propres besoins.

● Le biais de confirmation, qui nous pousse à ne voir que ce qui conforte nos convictions, quitte à ignorer les signaux d’alerte.

● L’illusion de contrôle, qui nous fait croire que nous pouvons anticiper l’imprévisible.

● L’illusion de connaissance, qui nous donne l’assurance, parfois dangereuse, de maîtriser un sujet que l’on effleure à peine.

Et il faut avoir l’honnêteté de l’admettre : que l’on soit épargnant, conseiller bancaire ou CGP, personne n’y échappe. Pas même les plus aguerris. Nous sommes humains, donc faillibles. Cicéron l’avait parfaitement résumé : « C'est le propre de l'être humain de se tromper ; seul l'insensé persiste dans son erreur. »

À l’heure où certains dossiers comme les SCPI, par exemple, ont révélé un chaud/froid brutal sur le marché de la pierre-papier, il est difficile de prétendre que tout le monde a agi avec clairvoyance. Ici, le biais n’est pas un concept abstrait : il a coûté du temps, de l’argent, et parfois de la crédibilité. Reconnaître les biais, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est au contraire la première étape vers une culture financière plus lucide et plus responsable. Et peut-être est-il temps que cette ambition devienne un enjeu national, plutôt qu’une simple campagne ciblée.

Parce qu’on n’éduque pas seulement les jeunes investisseurs : on éduque un pays entier à mieux décider. Et ça, ce serait un vrai investissement d’avenir.

La rédaction de Gestion de Fortune vous souhaite un joyeux Noël.