
Dans leur conférence de presse de rentrée, les responsables de Dorval AM ont détaillé leurs vues de marché pour les trimestres à venir.
« Depuis la fin de l’année 2022, trois grandes dynamiques ont soutenu les marchés financiers, souligne François-Xavier Chauchat, membre du comité d’investissement, économiste et stratégiste chez Dorval Asset Management : une désinflation sans récession qui a fait rebaisser les taux monétaires, un boom d’investissement dans l’intelligence artificielle, un contre-choc bancaire et financier (particulièrement sensible en Europe). »
Alors que l’appétit pour le risque est élevé et le cycle boursier déjà mûr, pourra-t-on à nouveau compter sur ces trois dynamiques en 2026 ? Des relais de performance pourront-ils émerger si le thème de l’IA est remis en question ?
Nouvel équilibre mondial
« Résiliente », la croissance mondiale devrait cette année atteindre 3 %, avec un meilleur équilibre régional que lors de la période 2023-2024. Soutenue par les plans de relance budgétaire allemand et nordique, ainsi que par l’amélioration des conditions financières domestiques, la zone euro est attendue en croissance de 1,25 %, après 0,8 % en 2024 et 2025.
Quant à elle, handicapée par les taxes à l’importation, mais portée par l’IA et par une relance budgétaire (modérée), la croissance américaine atteindrait au moins 2 %, comme en 2025, mais celle-ci aura du mal à retrouver le rythme de 3 % des années 2023 et 2024.
En Asie, le Japon pourrait encore voir sa croissance annuelle atteindre 1 %, avec une nouvelle impulsion budgétaire et une expérimentation « inédite » de reflation. Les perspectives sont plus « disputées » pour la Chine, où la déflation immobilière sévit toujours. Le pays dispose néanmoins de réserves de relance.
Ailleurs dans les pays émergents, la croissance reste soutenue et les conditions financières bénéficient d’un dollar moins fort. Après une réduction de 200 points de base des taux directeurs de la Banque centrale européenne et de la Réserve fédérale américaine, la politique monétaire est entrée dans une zone de neutralité.
« Les taux d’intérêt, estime l’expert de la filiale de Natixis Wealth Management, devraient se stabiliser, à environ 2 % en Europe et à 3 %-3,25 % aux Etats-Unis. »
La désinflation des loyers et des salaires permet à l’inflation américaine de compenser l’effet temporaire des droits de douane. Les prix mondiaux de l’énergie sont orientés à la baisse et la Chine continue d’exporter sa déflation. Une situation qui permettrait aux banques centrales d’avoir une capacité à agir si la croissance décevait. « Malgré le boom de l’IA, fait remarquer François-Xavier Chauchat, l’économie US est moins dynamique, en particulier du côté de la consommation des ménages et du marché de l’immobilier.
En Europe, la hausse de l’euro, le choc de la concurrence chinoise et le potentiel limité de diffusion du plan allemand au reste de la région devrait maintenir la vigilance de la BCE. »
Un nouvel équilibre mondial se dessine : croissance mieux répartie, inflation maîtrisée, stabilité des taux d’intérêt. Cela dit, la montée en puissance de l’IA contribue à rendre plus incertaines les perspectives économiques et boursières des prochains trimestres. « Les centaines de milliards investis dans les centres de données et les applications dédiées, s’interroge le professionnel, vont-elles partir en fumée ou se traduire par une révolution productive ?
Sans doute un mélange des deux, mais il est trop tôt pour en évoluer la répartition… »
Faibles gains liés à l’IA
Le modèle du FMI table sur un gain de productivité mondial lié à l’IA de l’ordre de 0,2 % par an sur 10 ans. Les gains seront concentrés dans les activités à forte intensité de données et d’automatisation cognitive, dont la finance, la santé et les services aux entreprises.
En Bourse, la valorisation des sociétés les plus sensibles à l’IA s’échelonne de 25 à 30 fois les bénéfices escomptés, ce qui témoigne d’attentes élevées, mais « pas extravagantes ». Investissements massifs, endettement croissant, vulnérabilité aux chocs concurrentiels, autant de facteurs qui nourrissent la volatilité, alors que les optimistes relèvent la puissance, l’efficacité et la profitabilité des grands groupes technologiques.
Selon les spécialistes de Dorval AM, l’Europe va tirer parti d’un « accélérateur » financier qui nourrira la croissance : « Le cycle du crédit bancaire n’en est sans doute qu’à ses débuts. » Boostées par trois années consécutives de hausse des marchés, les valorisations boursières ont-elles atteint un niveau qui doit inquiéter ?
A 40 fois les bénéfices moyens des 10 dernières années, le PER de Shiller [résultat de la division, ajusté de l’inflation, de la capitalisation boursière par la moyenne des profits sur 10 ans] du marché américain a rejoint son niveau… de la bulle de 1999/2000. Toutefois, les indices non américains, eux, sont en moyenne modestement valorisés.
Pour la société de gestion, il est possible de construire un portefeuille « anti-bulle », avec une approche équipondérée « ultra-diversifiée », couverte contre le risque de change. Les économies régionales sont moins corrélées et les différentes places boursières portent chacune des opportunités, soutenues par des politiques plus favorables à la croissance en Europe et au Japon.
Les gérants maison continuent à investir dans l’IA, sur l’ensemble de la chaîne de valeur (ASMI, Prysmian…), après avoir dernièrement mis en place une couverture « optionnelle » sur le Nasdaq pour limiter la volatilité. Ils surpondèrent les financières européennes (Société Générale, Banco BPM, Erste Bank, ABN Amro…) et japonaises, ainsi que les entreprises qui bénéficient de la reprise industrielle mondiale.
A côté de « champions » de l’innovation (Novonesis, EssilorLuxxotica…), d’acteurs de la transition écologique et énergétique (CATL, Grenergy Renovables…) ou de l’environnement (Ecolab, Xylem, Sacyr, United Utilities…), de représentants du secteur de la construction (Saint-Gobain, Kinspan Group, Acuity..) et autres cycliques de qualité (Hexagon, Siemens…), une nouvelle thématique intègre les portefeuilles : les grandes firmes pharmaceutiques (AstraZeneca, Sanofi, Lonza Group, Fresenius…). Enfin, aujourd’hui « mal aimées », les obligations d’Etat pourraient, selon Dorval AM, redevenir « attractives ».
ML