
Les autorités renforcent leur coopération pour mieux encadrer la promotion de produits financiers sur les réseaux sociaux et prévenir les dérives liées au dispositif Girardin. Finfluenceurs et distributeurs sont sous surveillance accrue.
L’AMF et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) signent un protocole pour formaliser davantage leur coopération. L’accord poursuit deux objectifs : consolider le partage d’expertises entre leurs deux autorités et favoriser le développement d’actions de surveillance et de contrôle conjointes.
L’un des points d’attention des deux autorités concerne les « finfluenceurs », ces influenceurs de la finance dont certains peuvent inciter à souscrire des placements financiers « risqués, voire frauduleux », pointent-elles dans un communiqué commun.
Détecter les « influvoleurs »
Sur 150 influenceurs dont les communautés respectives rassemblent plus de 10 000 abonnés identifiés par l’AMF, une trentaine fait l’objet « d’une attention particulière ». La veille de l’AMF alimente le ciblage des enquêtes de la DGCCRF, qui sanctionne la promotion illégale des produits financiers risqués. Sur les deux dernières années, une vingtaine d’influenceurs ont été sommés d’arrêter de faire la publicité d’acteurs non autorisés à proposer leurs services d’investissements en France, au premier rang desquelles des plateformes de cryptoactifs.
L’exemple le plus marquant de cette croisade est certainement la condamnation de la star de télé-réalité Nabilla en 2021 par la DGCCRF à une amende de 20 000 euros pour pratiques commerciales trompeuses. La star de télé-réalité avait fait la promotion sur son compte Snapchat aux 3,8 millions d’abonnés de formations au trading. Elle avait cependant omis de mentionner qu’elle avait été rémunérée par un site spécialisé dans la vente et l’achat de bitcoin, tout en promouvant la gratuité du service, la récupération systématique des sommes investies et des rendements de 80 %.
La loi visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux votée en juin 2023 a doté les autorités de moyens d’action supplémentaires pour lutter contre ce phénomène.
Plusieurs publicités sont désormais interdites, notamment celles relatives à certains produits et services financiers, cryptoactifs en premier lieu : les influenceurs ne peuvent désormais promouvoir que des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) enregistrés ou agréés auprès de l’AMF ainsi que les tokens qu’ils proposent. En cas de non-respect des interdictions publicitaires ou de dissimulation de l’intention commerciale, les sanctions peuvent aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende. En parallèle de ces nouvelles obligations, l’AMF a mis en place un « certificat de l’influence responsable » destiné aux finfluenceurs.
Girardin et prévention
Un autre sujet de vigilance des autorités porte sur les acteurs qui proposent des investissements par le biais du dispositif de défiscalisation « Girardin », l’AMF côté CIF et la DGCCRF pour l’ensemble des distributeurs. « Les produits en loi Girardin comportent un risque de requalification fiscale, c'est-à-dire de reprise de la réduction d'impôt par l'administration fiscale dont les professionnels doivent informer les candidats à l’investissement », préviennent les autorités.
Elles rappellent que les sociétés Algow, Adefi, Cabinet Adain Clerc et Alyanse Partenaires ont distribué entre 2015 et 2018 du « Girardin logement social » par l’intermédiaire du dispositif Nov’acces sans avoir informé leurs clients des risques de requalification de leur avantage fiscal : aucune mention ne figurait dans les brochures commerciales ou le rapport d’adéquation. De quoi qualifier des pratiques commerciales trompeuses côté DGCCRF, ayant donné lieu à transactions pénales de 15 à 35 000 euros.
L’AMF a également sanctionné des CIF pour défaut d’information (ou information inexacte) sur les risques du Girardin entre 2020 et 2022, et a conclu plusieurs accords de transaction administrative après une vague de contrôle menée en 2024/2025. Le plus récent, publié le 17 décembre 2025, a été passé avec Cheval Blanc Patrimoine, qui s’est engagé à verser 140 000 euros au Trésor public.
L’AMF, lors de son contrôle, avait relevé que le CGP a omis de mentionner certains risques ou réalisé une présentation déséquilibrée entre risques et avantages pour 60 % des clients de l’échantillon contrôlé, dont 13 % sur des offres Girardin.
Le cabinet, tout en s’engageant à fournir à l’avenir une information complète sur les risques, a fait valoir que les documents de présentations étaient complétés « par une explication de chaque conseiller sur les risques engendrés par de tels investissements ». Une démonstration supplémentaire que pour l’AMF, les paroles s’envolent, les écrits restent.